Thierry Puthod passe le relais au Télégraphe. Un comptoir, des générations, 23 ans d’histoire.
Il y a des lieux qui dépassent les murs. Des cafés qui deviennent des repères, presque des morceaux de vie. Le Télégraphe, à Belley, fait partie de ceux-là. Et derrière son comptoir, pendant plus de deux décennies, un visage : celui de Thierry Puthod.
À 54 ans, il s’apprête à passer le relais. Sans projet immédiat, sinon celui, simple et essentiel, de se reposer. Après 23 ans à tenir la barre, à ouvrir tôt, fermer tard, accueillir, écouter, parfois apaiser.
L’histoire commence en octobre 2003. Mais elle remonte un peu plus loin encore. Formé à l’école hôtelière de Challes-les-Eaux, déjà cafetier avant cela, Thierry Puthod reprend le Télégraphe à Dominique Mangé. Le lieu existe déjà, chargé d’histoire, sur cet ancien boulevard des Capucins. Il ne cherche pas à le transformer. Il le garde tel quel. En 2008, un coup de peinture, certes… mais l’âme du lieu résiste, jusque dans ces murs où la nicotine réapparaît, comme un souvenir tenace.
Très vite, le café trouve son rythme. Et ses moments forts. Un mois après la reprise, un derby Saint-Étienne-Belley qui déborde un peu. Puis les grandes soirées, les fêtes de la musique, la finale de la Coupe du monde 2018 : deux télévisions dehors, la rue pleine, les fûts qui s’enchaînent, et cette impression fantastique de participer un peu à l’histoire.
Le Télégraphe, c’est aussi une ambiance. Populaire, au sens noble. On y croise le chef d’entreprise comme les élèves de Lamartine, les musiciens du conservatoire, des habitués de longue date… et désormais les enfants de ces mêmes habitués. Un lieu de passage, mais surtout un lieu de lien.
Au fil des années, Thierry Puthod y a construit bien plus qu’une activité. Une vie. Une famille aussi, avec deux enfants qui ont grandi entre ces murs, appris très tôt à faire un café, à observer, à comprendre. Le plus jeune, aujourd’hui âgé de dix ans, laisse apparaître un léger pincement au coeur.
Bien sûr, il y a eu quelques frayeurs, des moments plus difficiles, un fait divers marquant en 2014. Mais ce sont les souvenirs heureux qui dominent. Les courses de garçons de café, les soirées pleines, les discussions sans fin.
Et puis, il y a cette prise de conscience, récente, presque surprenante : à l’annonce de son départ, les messages ont afflué. Preuve, s’il en fallait, de l’attachement des Belleysans à ce lieu un peu à part.
Lundi, il remettra les clés. Avec un peu de regret, forcément. Mais aussi avec la satisfaction de transmettre à de nouveaux gérants qui reprennent l’équipe et, surtout, l’esprit du lieu. De quoi revenir, de temps en temps, simplement en client.
Avant de partir, il tient à dire merci. À la mairie, à la police municipale, aux clients fidèles, aux Belleysans. À tous ceux qui, un jour ou l’autre, ont poussé la porte du Télégraphe.
Parce qu’au fond, un café, ce n’est jamais qu’un lieu. Mais certains deviennent des histoires. Et celle-ci continuera, autrement.











